Mobilité sortante de 6 enseignant.e.s français.e.s : un workshop au Musée des Arts Appliqués de Tashkent (UZ)

Du 21 au 29 octobre 2021 s’est déroulée la mobilité de 6 enseignant.e.s de l’INSPE (CYU) de l’académie de Versailles pour mener un workshop d’une semaine à l’ULM (Université Nationale des Langues du Monde) de Tashkent (UZ).

Avec pour l’INSPÉ de l’académie de Versailles (FR), les enseignant.e.s : Laurent Alexandre, Ariane Bach, Christelle Camsuza, Luc Dall’Armellina, Françoise Ravez, Edith Taddei.

Pour l’Institut International des Langues Etrangères de Samarcande (SamSIFL), les enseignantes : Gulrukh Kilicheva et Rushana Sharipova et 8 de leurs étudiant.e.s : Nafisa Davronova, Nozima Miyassarova, Aziza Rahmonova, Javohir Jalolov, Nuriniso Norboeva, Feruza Amonova, Marjona Adilova, Shamsiyabonu Irshodzoda.

Pour l’Université Nationale des Langues du Monde à Tashkent (ULM), les enseignant.e.s : Ilmira Bagaütdinova et Ghaïrat Masharibov, et 8 de leurs étudiant.e.s : Mouchtariybeguim Ergachboyeva, Bobur Khamidullaev, Feruza Chodmonova, Javohir Toursunov, Maruf Ouskinov, Temurkhan Ahmedov, Svetlana Кim, Muhammadiyor Yunousov, Madina Аbdurahmanova.

Ces activités se sont déroulées à l’Université Nationale des Langues du Monde de Tashkent (ULM) ainsi qu’au Musée des Arts Appliqués de Tashkent et s’adressaient à un groupe de 16 étudiant.e.s de français, issu.e.s des deux universités partenaires.

Les étudiants se sont librement inscrits au workshop auprès des deux collègues contacts de la coopération, dans la limite de 8 par université. Ils nous envoyé en amont une vidéo de 3 minutes sous la forme d’un portrait chinois. Ces vidéos n’avaient pas la fonction d’une sélection mais d’une présentation, de façon à nous permettre de commencer à faire connaissance à distance avec elles et eux.

Au programme de cette semaine, une initiation aux méthodes et pratiques de la médiation artistique et culturelle d’une part, et une initiation aux enjeux réflexifs et pratiques de la communication verbale et non verbale d’autre part.

Le projet a trouvé sa forme esthétique par une restitution publique finale le jeudi 28 octobre après-midi à travers la réalisation de médiations artistiques et culturelles préparées et données en situation par les étudiants organisés en binômes, pour le public francophone du Musée des Arts Appliqués de Tashkent, au sein de ses riches collections d’œuvres et objets.

Cette semaine a été préparée en amont et menée par 6 enseignants de l’INSPÉ : Laurent Alexandre, Ariane Bach, Christelle Camsuza, Luc Dall’Armellina, Françoise Ravez, Edith Taddei, et co-animée sur place en coopération avec nos 4 collègues enseignants de français de SamSIFL, Gulrukh Kilicheva et Rushana Sharipova (venue 1 semestre en mobilité MIC d’études à l’Inspé en 2020) et de l’ULM, Ilmira Bagaütdinova et Ghaïrat Masharibov (venu en mobilité MIC d’enseignant à l’Inspé en 2019).

Récit d’une semaine intense et particulière.

Jeudi 21 octobre

Nous nous préparons, chacun.e de notre côté, à prendre l’avion, il décolle à 19h15 de Charles de Gaulle pour Tashkent, avec une escale à Istanbul d’une heure seulement, au beau milieu de notre nuit. Il nous faudra nous presser car l’aéroport d’Instanbul est géant. Il nous faudra donc essayer de dormir un peu durant les deux parties de notre voyage pour tenir le rythme d’une semaine de travail qui s’annonce dense.

Passage en revue du matériel à emporter : le nécessaire de papeterie et de bricolage pour les ateliers de médiations pour 16 étudiant.e.s, le nécessaire pour assurer les captures audio, photo et vidéo, le nécessaire numérique des connecteurs, câbles, adaptateurs pour tous les appareils et leurs accessoires, ainsi que pour la vidéo projection, une enceinte connectée de dépannage, les sauvegardes, les cadeaux pour chacun.e.s de nos collègues et pour les étudiant.e.s, et enfin nos effets personnels. L’ensemble tient pour moi en deux valises, une grande taille de 30 kg, l’autre au format cabine de 10 kg.

Billets d’avion, passeports, Pass sanitaires, tests PCR, ordinateurs, tablettes, smartphones, tout est vérifié.

Quel plaisir de nous retrouver à l’aéroport, le projet de coopération redémarre enfin. Nous l’avions ressenti déjà avec l’accueil tout récent de nos collègues enseignants Ouzbeks à St Germain. Le sentiment d’une fenêtre qui se ré-ouvre après ces trop longs mois de confinement est vivifiant.

Enregistrement des bagages, contrôles de sécurité, zone d’embarquement déserte, la plupart des commerces sont fermés, étrange ère post pandémie. Il est l’heure de rejoindre la porte d’embarquement.

Aéroport de Tashkent, just landed

Vendredi 22 octobre

Matin

Nous arrivons à 7h du matin à Tashkent, heure locale, il nous faut une heure trente pour passer les contrôles et récupérer nos bagages, nos collègues Fathiddine et Jamoliddin nous attendent, ils sont là avec leurs voitures et nous emmènent à notre hôtel. Nous sommes certes fatigués mais ravis de les revoir après plus d’une année de reports et de faux départs liés au COVID.

Nous nous installons à l’hôtel et prenons deux heures de repos, après quoi nous avons rendez-vous à 14h à l’Université pour y rencontrer le groupe des étudiants avec nos collègues de l’ULM et de SamSIFL.

Après-midi

Nous avons RV dans la grande salle de conférence attenante à la bibliothèque de l’ULM, ce sera notre salle de travail pour la semaine. Les étudiants nous attendent et nous nous y installons. Nous échangeons les cadeaux, y faisons les présentations par un tour de table puis déroulons le programme de la semaine. Nous retrouvons des visages et des voix familières puisque nous avons en amont, vu les vidéos des étudiant.e.s.

Nous nous présentons comme une équipe poursuivant un même but, mais avec des rôles un peu différents : Ariane Bach, Luc Dall’Armellina et Françoise Ravez pour l’accompagnement méthodologique et pratique de la médiation artistique et culturelle ; Laurent Alexandre, Christelle Camsuza et Edith Taddei pour la distanciation réflexive et l’accompagnement à la communication verbale et non verbale avec les publics en situation de médiation.

Nous poursuivons par une initiation à la médiation à partir du support de films montrant des exemples de médiation : les JOP « Les Jeunes Ont la Parole » du Musée du Louvre, réalisées avec nos étudiant.e.s du master CPECP et plusieurs universités et écoles d’arts franciliennes impliquées dans ce programme (2011-2018) film de Nils Paubel  ; celles de l’exposition « L’art et la matière – Prière de toucher » (2019) au musée des beaux arts de Lyon, enfin l’atelier de pratiques artistiques « Les mots des autres » de Luc Dall’Armellina et Joël Paubel, artiste invitée Isabelle Delatouche (2014), film de Nils Paubel.

Notre salle de travail à l’ULM de Tashkent : la ruche !

Puis nous entrons dans une réflexion discursive sur les conditions de naissance de la médiation artistique et culturelle, à l’aide d’une série de schémas commentés réalisés lors de précédents workshops en Chine, montrant l’histoire de cette activité en France, sa situation par rapport à la visite guidée des guides conférenciers. Ces supports permettent d’éclairer et de questionner le positionnement et la spécificité du positionnement du médiateur artistique et culturel par rapport à celui de l’artiste, de l’enseignant, de l’animateur et du guide-conférencier.

Lorsque nous prenons congé des étudiants à qui nous donnons rendez-vous au Musée des Arts Appliqués de Tashkent le lendemain matin, nous allons, avec l’aide précieuse de notre collègue Ghaïrat Masharibov, acheter nos billets de train pour pouvoir rejoindre Samarcande le lendemain soir.

Samedi 23 octobre

Nous nous retrouvons à 9h au Musée des Arts Appliqués de Tashkent avec les étudiants et leurs enseignants. Nous leur donnons la consigne de visiter les collections en essayant de choisir – par binômes – un objet ou série d’objets qui les intéresse particulièrement.

Devant l’entrée du Musée des Arts Appliqués de Tashkent

Nous y serons accompagnés par une guide conférencière en langue russe, deux enseignant.e.s et un étudiant, prendrons le relais pour nous donner une traduction alternée en français.

A ce stade, les étudiant.e.s montrent à la fois un fort intérêt pour l’exercice, et une certaine inquiétude quant à l’activité de médiation car c’est une approche nouvelle pour elles et eux, qui n’est pas basée en premier lieu sur les savoirs mais sur la rencontre et la relation avec les visiteurs et la construction d’une approche sensible.

Premiers contacts avec les lieux, ici dans la salle de réception du Musée

Les binômes s’esquissent peu à peu par les étudiant.e.s eux-mêmes, nous avons fait le choix de ne pas les contraindre, pensant que choisir une œuvre – surtout dans une approche d’initiation – ne peut se faire que par l’intérêt personnel pour celle-ci. Le choix de son binôme se faisant certes en fonction de la bonne entente entre partenaires, mais aussi bien sûr essentiellement en fonction de l’intérêt commun porté sur l’objet de la médiation.

Nous nous quittons à 13h après cette présentation très complète des riches collections d’œuvres et objets, qui a suscité beaucoup d’intérêt et de questions. Cette visite a été aussi l’occasion pour certains de (re)découvrir leur propre patrimoine, et nous avons pu remarquer que certains objets entraient même en résonance avec leur histoire personnelle. Nous laissons aux étudiant.e.s la consigne de finaliser durant le week-end la composition de leurs binômes et le choix d’un objet ou série d’objet. Nous leur donnons rendez-vous le lundi matin au Musée.

Après le déjeuner, dans la mesure où nous sommes libres, nos collègues nous invitent à une visite du parc arboré attenant à la maison des écrivains où nous pouvons apprécier les statues de bronze des grands auteurs ouzbeks, hommes et femmes, de l’histoire la plus ancienne jusqu’à la plus récente. Nous les découvrons par des citations et récits très vivants que nous en font nos collègues Ghaïrat et Fathiddine.

En fin d’après-midi, nous prenons le train pour Samarcande où nous arrivons à 22h. Nous sommes accueillis à la gare par notre collègue enseignant de français Dmitriy Kiseleyov qui, malgré son emploi du temps très chargé avec l’accueil des délégations étrangères présentes pour les élections présidentielles, nous conduit en taxi jusqu’à notre hôtel.

Le temps d’y déposer nos bagages et de ressortir à pieds pour voir la place du Régistan sobrement éclairé et qui nous apparaît tout simplement comme une féérie.

Place du Régistan – Samarkand

Dimanche 24 octobre

Au programme, visite de jour du Régistan, ensemble de trois majestueuses Madrasa parfaitement restaurées sous l’égide de l’Unesco qui les déclarent patrimoine mondial en 2001. Édifiées en des temps différents, elles forment un tout très impressionnant.

L’une d’elles héberge une exposition permanente de l’histoire de l’éducation où l’on découvre combien l’enseignement des écoles coraniques y était riche, de la philosophie à la poésie, de la médecine à la botanique, des mathématiques aux sciences physiques et astronomiques.

Le livre des Tables astronomiques de Ulugh Beigh

Nous visitons ensuite la spacieuse Madrasa de l’Emir Khadum, enfin le splendide mausolée d’Amir Timur. Nous reprenons en fin d’après-midi le train retour pour Tashkent où nous arrivons à 22 h.

Lundi 25 octobre

Matin

Au Musée nous retrouvons les 16 étudiant.e.s qui ont composé ou stabilisé leurs 8 binômes et choisi leurs objets de médiation.

Nous les accompagnons toute la matinée, consolidant le processus d’appropriation qu’ils sont en train de réaliser : dessins, croquis, photos, informations, notes, concernant les dates, les lieux, les matériaux, les fonctions, etc. de façon à ce qu’ils documentent au mieux leurs objets.

Les groupes se sont formés…

Après-midi

A l’ULM nous poursuivons ce travail du matin par un accompagnement des binômes dans l’élaboration de leur premier scénario de médiation : par quel biais aborder leur objet ? De quelle façon ? Dans quel but ? Et la place du regard ou des questions du visiteur ? A l’aide de quel type d’inducteur ? (un objet, une comptine, un récit, une mise en situation, une expérience à faire…)

Cette étape laisse apparaître la disparité des situations : certains groupes semblent avoir de suite trouvé leur objet et leur approche, d’autres peinent à trouver un équilibre dans leur binômes, d’autres tâtonnent pour trouver leur scénario de médiation. Nous leur demandons de poursuivre leurs recherches d’ici au lendemain.

Echanges autour des premières recherches

Nous restons cependant confiants, conscients que l’exercice est un décentrement par rapport à leurs expériences, la médiation est pour elles et eux une approche nouvelle, que les seuls savoirs ne suffisent pas à combler. Il faut à chacun.e le temps de tester et de trouver son équilibre, son angle d’approche, sa dynamique à la fois personnelle et dans son binôme.

Fin d’après-midi

Le recteur de l’ULM nous a proposé une rencontre avec ses proches collaborateurs, vice-recteur aux Relations Internationales, vice-recteur à la Formation Continue, vice-recteur à la Vie Étudiante, responsable du département de français, afin d’échanger avec nous à propos de cette mobilité, mais également sur les perspectives en vue d’une poursuite de notre coopération car si le chemin parcouru est important depuis 2015-2017, de nouveaux projets prennent forment de part et d’autre.

Après un moment convivial d’échanges autour d’un thé et d’échanges de cadeaux de bienvenue, il nous fait part du fort engagement de l’état Ouzbek dans la reconnaissance des enseignants (primaire, secondaire et supérieur) dont les salaires ont été significativement augmentés. Il signale l’adoption de standards académiques, européens et internationaux dans le supérieur : le système européen des ECTS, les laboratoires dont les activités s’internationalisent. Il nous donne plusieurs exemplaires d’un ouvrage qu’il a co-signé avec un collègue américain et plusieurs collègues Ouzbeks, portant sur la nécessité de concevoir des pédagogies innovantes articulées à des évaluations adaptées.

Il souhaite que nous puissions poursuivre avec eux un travail en direction de la formation continue des enseignants, et évoque la place que la recherche en pédagogie pourrait prendre dans ce projet entre nos établissements. Nous confirmons notre intérêt pour ces propositions, parfaitement dans les intérêts, compétences et expertises de nos équipes et nous nous quittons satisfaits.

Le soir, notre collègue Jamoliddin Yakubov nous fait l’honneur d’une invitation à diner dans sa maison familiale. Nous y retrouvons nos collègues et amis de longue date maintenant, Fathiddine et Ghaïrat et nous passons ensemble une soirée riche d’échanges, heureux de nous retrouver et de faire connaissance avec sa famille.

Mardi 26 octobre

Matin

Nous avions planifié une séance de travail à l’Université mais nous décidons sur la proposition de notre collègue Ghaïrat Masharibov de nous rendre au marché de Chorsu, bordé de nombreux ateliers d’artisans dans les domaines de la lutherie, du tissage et de la poterie. Ce contact doit permettre aux étudiant.e.s de les rencontrer, les voir fabriquer les versions modernes des objets présentés au musée, et comprendre leur processus de création, mais aussi d’acquérir un niveau d’information moins livresque, plus incarné et en situation ; nous comptons également nous appuyer sur cette pour travailler avec les étudiant.e.s le lexique technique en français afin de consolider leur présentation orale.

Chez un potier du quartier de Chorsu à Tashkent
Chez un luthier du quartier de Chorsu à Tashkent

Après-midi

Nous poursuivons dans notre salle de travail à l’ULM, circulant entre les binômes pour les accompagner dans l’élaboration de leurs artefacts / dispositifs de médiation. Ces réalisations prennent la forme de dessins, représentations, schémas, cartes ou encore de jeux, de chansons, d’exemples de tissages qui seront confiés au visiteur qui pourra s’essayer à réaliser les différents types de points, ou encore de séquences instrumentales jouées pour les visiteurs, d’extraits d’enregistrements pour reconnaître un instrument à sa sonorité, etc…

Plusieurs tâches sont en cours…

Parallèlement, Luc Dall’Armellina, Ghaïrat Masharibov et Françoise Ravez s’attèlent à la réalisation d’une affiche en français et en ouzbek, annonçant et invitant sur les réseaux sociaux et par voie d’affichage, à la médiation des étudiant.e.s au musée, prévue le jeudi 28 octobre après-midi de 14h à 16h30.

L’affiche de la médiation publique au musée des arts appliqués de Tashkent

Soirée

Sur l’invitation de Bobur Khamidullaev, étudiant de l’ULM participant au workshop et qui fréquente régulièrement l’Alliance Française de Tashkent, nous nous rendons à l’Alliance pour y présenter notre programme de mobilité de coopération. L’assemblée réunie ici s’y retrouve chaque semaine pour un temps d’échange en français suite à une présentation d’un.e invité.e de passage ou suite à une proposition de thème lancée par les animateurs du centre.

Nous sommes chaleureusement accueillis par une cinquantaine de personnes, après l’introduction du directeur puis de l’animateur de la soirée, c’est le temps des présentations. Nous présentons ensuite notre programme de coopération internationale et le resituons dans le temps et à travers nos activités, passées et actuelles. Nous les invitons à venir le lendemain voir et entendre les étudiants réaliser leurs médiations au Musée des Arts Appliqués de Tashkent.

De nombreuses questions portent sur notre coopération et sur les façons de la rejoindre ou d’en créer de nouvelles. Nous mesurons l’appétence très forte pour ce type de programme et d’échanges ainsi que pour la langue française. L’Ouzbékistan compte environ 300.000 apprenants de français, c’est dire l’importance de tels échanges et des programmes qui les rendent possibles.

Notre collègue responsable du département de français de l’ULM, Zulfiya Davronova nous invite à terminer la soirée autour d’un repas dans un très bon restaurant.

Mercredi 27 octobre

Matin

Nous travaillons dans notre salle commune à l’ULM en vue de la finalisation des objets / dispositifs de médiations qu’il s’agit de tester dans les scénarios de médiation, qui ne doivent pas excéder 10 minutes, sans compter les poursuites d’échanges avec le public.

Après-midi

Nous nous rendons au musée pour le filage général. Chaque binôme prend place devant son œuvre ou ses objets et s’entraîne à jouer sa médiation devant un binôme d’enseignants. Nous les avons filmés, en vue du retour réflexif qui aura lieu, binôme par binôme, avec un formateur français avant la médiation définitive.

Les médiations à ce stade ont beaucoup évolué et si tous les binômes n’ont pas encore trouvé leur parfait équilibre, les présentations, les artefacts / dispositifs de médiation se sont affinés et les discours se sont affermis et précisés.

Une photo avant de quitter les lieux

C’est le propre des projets d’éducation artistique et culturelle que d’être validés par la confrontation ou la mise à l’épreuve d’une forme et d’un récit adressés à un public. Mais au-delà de la « validation », c’est d’une expérience intellectuelle, culturelle, linguistique, performative et humaine dont il s’agit. A ce stade du projet, tous les étudiant.e.s l’ont bien mesuré et compris.

Nous quittons le musée en confiance pour le lendemain et à vrai dire excités par l’enjeu de l’événement à venir.

Nos collègues de l’ULM Alisher Nazarov, chef du Département de la formation continue des enseignants et des traducteurs, Fathiddine Nichonov, responsable de la qualité des enseignements de français, nous invitent à partager un repas au restaurant pour terminer la soirée.

Jeudi 28 octobre

Matin

Nous nous retrouvons le matin au musée pour que chaque binôme puisse s’installer dans son environnement de médiation et puisse régler les derniers détails. Nous découvrons que ce jour est aussi celui d’un événement parallèle organisé par le musée, un festival des artisans d’arts.

Chant d’ouverture du festival des artisans d’art

Nous devons procéder à quelques modifications ou aménagements pour 2 binômes qui doivent revoir leur place. La situation n’est pas simple à gérer mais finit par trouver un terrain de négociation permettant aux uns et aux autres de ne pas se gêner. Il y a foule au musée !

Après-midi

A 14h commencent les médiations, les invités sont arrivés depuis 13h30 déjà et les autres visiteurs sont en nombre important.

Les étudiant.e.s commencent leurs médiations en binômes :

Salle de réception, hall, sols et plafonds décorés :
Feruza Chodmonova et Javohir Toursunov

Ces deux étudiant.e.s accueillent le public dans cette vaste pièce, ancien salon de réception, en lui proposant des reproductions agrandies de détails (plafond, murs, ornements…) que le visiteur doit retrouver et identifier. Un point est fait sur chaque matériau, technique de manière très concrète car les étudiants ont apporté gypse, marbre, bois… que l’on découvre bruts et que l’on peut toucher. La signification symbolique des éléments replacés dans leur ensemble est collectivement interrogée : Pourquoi cette capsule de coton au centre de la pièce ? Pourquoi ce matériau ? Quel lien avec le ciel ? Formes, couleurs et motifs, tout prend sens et on quitte la pièce, imprégné.e.s de sa beauté et du message d’hospitalité et de bienvenue dont elle est porteuse.

Feruza Chodmonova et Javohir Toursunov
Plafond de la salle de réception du musée


Salle des instruments de musique, 3 vitrines :
Maruf Ouskinov et Mouchtariybeguim Ergachboyeva
Les deux étudiant.e.s ont conçu une médiation basée sur un jeu d’écoute musicale à partir duquel le public est invité à trouver l’instrument dont il s’agit parmi ceux exposés dans les vitrines.

Tous deux musiciens, ils nous content une histoire qui raconte la naissance d’un instrument de musique, jouent de courtes pièces, seuls puis à deux, et invitent enfin le public à essayer leurs instruments.

Ayant ainsi établi le contact, ils peuvent poursuivre les échanges sur la musique traditionnelle Ouzbèque. D’où vient-cet instrument ? Par qui cette musique est-elle jouée ? Dans quelles circonstances ?

Maruf Ouskinov et Mouchtariybeguim Ergachboyeva


Salle des terres cuites et verreries, plusieurs pièces :
Aziza Rahmonova et Javohir Jalolov

Leur médiation est focalisée sur deux vitrines présentant deux types de poterie en terre cuite issues de deux régions du pays, elle est initiée par une carte d’invitation adressée aux visiteurs à l’entrée de la salle. Aziza et Javohir présentent des fragments d’objets photographiés que le public est invité à retrouver dans les vitrines. Les symboles récurrents étant identifiés, suivent les explications des deux étudiants dans un jeu de questions-réponses autour du dragon de Samarcande et des motifs floraux pour d’autres régions. Un objet appartenant à une tradition encore existante est donné à identifier et à utiliser : il s’agit d’un sifflet que les garçons recevaient et peuvent encore recevoir en cadeau. Les deux étudiants clôturent leur médiation sur la narration de ce rituel.

Aziza Rahmonova et Javohir Jalolov


Salle de réception, tableau peint représentant une danseuse :
Marjona Adilova et Shamsiyabonu Irshodzoda
Toutes deux danseuses, elles ont choisi d’aborder par la danse leur tableau peint, elles interprètent pour le public trois types de danse spécifiques à trois régions d’Ouzbékistan. Le public est invité à identifier parmi leurs gestes et postures, la danse qui est représentée dans le tableau.
Cette invitation lancée au public pour partager ses questions ou connaissances prend vite la forme d’un jeu et délie les langues… Combien de danses avez vous dit ? En existe-t-il d’autres ? Et les hommes, dansent-ils eux aussi ?

Marjona Adilova et Shamsiyabonu Irshodzoda lors des préparations


Salle des textiles, les suzane :
Feruza Amonova et Nuriniso Norboeva

Elles portent sur la tête une calotte brodée pour accueillir le public avec un chant accompagnant le travail de la broderie, dont elles miment le geste pendant leur chant. Le tissage des suzane comprend plusieurs pratiques et traditions, c’est par l’exemple et l’invitation à se saisir de ces deux techniques, par le crochet et par l’aiguille que Feruza et Nuriniso amènent leur public à leur médiation. Elles invitent le public à se saisir d’un cadre de bois rond sur lequel le tissu est tendu, permettant de crocheter le motif le plus fréquent : la grenade. Elles en exposent le symbolisme dans un jeu de questions-réponses. Elles montrent les différents styles adoptés par les régions.Mais d’où vient le nom de Suzane ? Est-ce un prénom ? Et quel usage pour ces tissus ?

Feruza Amonova et Nuriniso Norboeva


Salle des terres cuites et verreries :
Svetlana Кim et Temurkhan Ahmedov :
Le public est accueilli pour un parcours de médiation en sept étapes. 1. Svetlana et Temurkhan confient au public les fragments d’un bol cassé pour qu’il puisse les observer et en sentir l’odeur. 2. Pour montrer la matière utilisée pour la réalisation de cette vaisselle, ils ont apporté de l’argile d’origine richtanaise et proposent de la toucher. 3. Ils ont préparé un panneau résumant toutes les étapes de la fabrication des poteries. 4. Ils donnent la possibilité d’observer la vaisselle terminée et font sonner celle-ci d’une pichenette adroite, qui produit un son voisin de celui de la porcelaine. 5. Puis ils proposent un jeu. Il s’agit d’associer des symboles avec leurs significations. 6. Enfin ils invitent les visiteurs à s’approcher de la vitrine. Les visiteurs retrouvent les motifs et symboles sur les vaisselles exposées. 7. À la fin de la présentation ils proposent de regarder la courte vidéo d’une master class d’un artisan potier qui a fait ses études dans la région de Richtan.

Svetlana Кim et Temurkhan Ahmedov


Salle des vêtements, habit de femme, voile :
Muhammadiyor Yunousov, Bobur Khamidullaev et Madina Аbdurahmanova.

Le public est accueilli par le trinôme devant cette vitrine qui présente l’habit traditionnel des femmes ouzbèkes, le paraji, par une étudiante qui en a revêtu une version plus moderne, mais encore très proche, portée lors des mariages. Ses camarades nous font découvrir la signification des éléments qui composent celui de la vitrine : rang social, nombre d’enfants, origine régionale… Pour faire ressentir au visiteur la vision du monde qu’implique le voile grillagé qui recouvre le visage, le trinôme a confectionné des face-à-main résillés, qui permettent à chacun d’expérimenter directement ce mode de perception du monde. Sur une tablette numérique, on présente ensuite au visiteur l’évolution historique de ce vêtement féminin qui a bien changé !

Muhammadiyor Yunousov, Bobur Khamidullaev et Madina Аbdurahmanova.


Salle des bijoux, pièces choisies :
Nozima Miyassarova et Nafisa Davronova

Les visiteurs sont accueillis par une chanson traditionnelle, un dialogue entre une mère et sa fille, qui lui réclame des bijoux, une belle entrée en matière à la thématique de la salle ! Nous sommes ensuite dirigés vers les vitrines pour découvrir, grâce à une carte du pays très clairement indexée, le style particulier de chaque région. Les deux étudiantes présentent aux visiteurs des facs-similés des bijoux exposés, ce qui permet d’examiner de près le travail des orfèvres, les formes, les motifs, les métaux, les pierres, ainsi que leurs significations. On repart émerveillés de ce magnifique écrin.

Nozima Miyassarova et Nafisa Davronova avec Françoise Ravez

Parmi le public se trouvaient M. Oriol, Conseiller de Coopération et d’Action Culturelle et M. Bellini, Conseiller de coopération éducation et recherche de l’Ambassade de France en Ouzbékistan que nous avions conviés à l’événement.

Loin de n’avoir fait qu’une visite de courtoisie, ils ont tenu à suivre chacune des 8 médiations réalisées par les binômes d’étudiant.e.s et se sont montrés impressionnés par la qualité de l’approche artistique et culturelle et par le niveau de langue française des étudiant.e.s.

A 16h30 nous nous retrouvons dans la grande salle des colonnes, qui permet d’accueillir l’ensemble des participant.e.s et nous avons un échange qui prend la forme d’un bilan « à chaud ». Nous revenons un moment sur la semaine passée, depuis l’initiation à la médiation, aux recherches entreprises, dans les livres car le musée et nos collègues ont mis à notre disposition un ensemble d’ouvrages portants sur les objets des collections, mais encore au travers des rencontres avec les artisans, aux échanges avec les enseignants, et enfin aux médiations elles-mêmes, fruits de ce processus fait de questions, d’hypothèses, de recherches, d’essais, d’imagination et de créations, de rencontres, de relations d’échanges qu’il faut trouver à deux, et bien sûr de multiples rencontres avec le public.

Ce temps informel se ponctue de nombreuses photos de groupes de différentes tailles, dans un climat de joie turbulente partagée.

Il faut bien se dire au revoir

L’équipe enseignante au complet (Inspé Versailles, ULM Tashkent, SamSIFL Samarcande) a été conquise par la qualité de l’engagement et de la participation des étudiant.e.s qui ont accompli un travail remarquable, investi et pertinent en bien peu de temps.

Si la formule workshop est une forme relevant de la pédagogie de projet, elle nous semble également rencontrer pleinement les attendus de l’approche situationnelle en langues. Seul le format de 5 jours nous a semblé un peu court pour permettre la double approche que nous aurions souhaité développer de manière plus approfondie.

En effet, pour mieux entrecroiser médiation culturelle et apprentissages discursifs, avec retours réflexifs et améliorations des propositions premières dans le cadre d’une approche pragmatique et actionnelle, un temps plus long aurait été plus adapté.

Le soir, passé cette semaine intense de rencontres, d’échanges, de constructions, de travail, nous nous sentons tous très en joie. Et c’est ce soir notre collègue Fathiddine Nichonov qui nous fait l’honneur d’une invitation personnelle parmi les siens. Si nous avons connu maintes fois durant nos mobilités, la généreuse hospitalité Ouzbèque, elle a revêtu ce soir là à nouveau, comme avec l’invitation de Jamoliddin Yakubov en début de séjour, une dimension amicale très chaleureuse.

Le soir même, c’est pour les collègues de l’Inspé, le retour pour Paris, l’avion est à 2h du matin, il faut donc être à l’aéroport pour minuit. A nouveau, nos collègues Fathiddine, Ghaïrat et Jamoliddin nous y accompagnerons en voiture. Je resterai sur place à nôtre hôtel car je poursuis mon séjour pour la semaine de vacances qui commence.

Le vendredi 29 octobre, je me suis rendu à nouveau à Samarkand où j’ai rencontré le temps d’une soirée au restaurant, à leur invitation, nos collègues enseignants de français à SamSIFL, Dmitriy Kiselyov, Mukhabbat Yusupova et Uljan Karshibaeva venus il y a peu en mobilité à l’Inspé.

Le samedi 30 octobre, j’ai rencontré monsieur Ilkhomjon TUKHTASINOV, recteur de SamSIFL, occupé lui aussi, comme nos collègues de Samarcande pour l’organisation des élections présidentielles et l’accueil des délégations étrangères durant toute la semaine. Je suis reçu dans son bureau de l’institut, avec une délégation de ses proches collaborateurs : vice-recteur aux Relations Internationales, vice-recteur à la Formation Continue, vice-recteur à la Vie Étudiante, responsable du département de français. Nous sommes heureux de nous retrouver, la dernière fois c’était en janvier 2019, lors de notre visite préparatoire au montage de cette MIC. Nous y avons un entretien chaleureux et productif, faisant état de la semaine de workshop très riche et très dense passée à Tashkent, mais aussi des suites et des formes possibles à donner à notre prochaine coopération, sur le plan de la formation des étudiants, des activités de recherche et sur l’idée naissante d’une double diplomation entre nos institutions.

Nous nous nous sommes quittés en nous donnant rendez-vous dans quinze jours lors de la venue de la délégation des quatre cadres de SamSIFL et de l’ULM à l’Inspé de l’académie de Versailles où nous prolongerons nos échanges.

Pour le service Relations Internationales – Inspé de l’académie de Versailles,
Luc Dall’Armellina, chargé de mission

Avec les apports de leurs propres notes et relectures attentives des collègues enseignants de l’Inspé : Laurent Alexandre, Ariane Bach, Christelle Camsuza, Françoise Ravez, Edith Taddei ; de l’ULM : Ilmira Bagaütdinova et Ghaïrat Masharibov et de SamSIFL : Gulrukh Kilicheva et Rushana Sharipova.

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