Des savoirs savants… aux expériences sensibles ?

Du lundi 4 novembre au vendredi 8 novembre 2019 s’est tenu à Hangzhou (Chine) le workshop « Médiations : des savoirs savants aux expériences sensibles », un projet interculturel entre arts, design et médiation, et second volet de notre coopération avec La China Academy of Arts (C.A.A), le centre d’arts franco-chinois E-Art Hangzhou, et notre Master CPECP de médiation artistique et culturelle de l’INSPÉ de l’académie de Versailles, France.

Un workshop proposé par Luc Dall’Armellina, Françoise Ravez (enseignants en médiation artistique et culturelle, INSPE de l’académie de Versailles), Li Yon (artiste-enseignant, C.A.A Hangzhou), en partenariat avec Haiyu Zhang (responsable pédagogique et traductrice, centre E-Art Hangzhou), et Li Wen (directrice des publics, musée d’art moderne du Zhejiang, Hangzhou).

Lors du premier volet de cette coopération en décembre 2018, nous avions conçu et encadré le workshop introductif « Médiations : outils, méthodes et pratiques créatives », qui proposait une initiation aux méthodes de création de dispositifs en médiation artistique et culturelle, prenant appui sur les principes et la démarche pédagogique mis en œuvre dans le master CPECP, pour un groupe de 17 étudiant.e.s chinois.e.s de la C.A.A Hangzhou, de niveaux Bachelor 3 et 4 et de Master.

Les étudiant.e.s

Pour ce second volet, c’est avec 5 étudiantes de notre master CPECP que nous avons fait le voyage et poursuivi nos travaux commencés un an plus tôt, avec 17 étudiant.e.s de la C.A.A et 3 de E-Art, qui se sont composés et répartis en 5 groupes de préparation et de médiations, avec :
1 – 罗茜, 谢天娇, 徐雨姗, 雷心月, Lamiaâ Sajid-Soliman
2 – ⻩温雯, 朱柔荑, 张震宇, 程蕴欣, Jennifer Connan
3 – 赖文婷, 董凯霖, 曾雨欣, 杨佳方, Marie Préau
4 – 王博文, 陈宇, 徐方以, 徐卓琪, Carole Birnal-Petit
5 – 池滢, 李佳静, 陈思瑞, 陆沈明月, Beier Wu.

Avec ce groupe interculturel, nos deux équipes enseignantes et nos partenaires E-Art pour la traduction, nous avons préparé et réalisé le vendredi 8 décembre devant un public mixte (familles, adultes, enfants) la médiation de 5 œuvres dans l’exposition « Soul Warm » de l’artiste contemporain Zhu Xi au musée d’art moderne du Zhejiang de Hangzhou. Voici le récit de cette belle aventure.

Le workshop

Nous sommes partis de Paris CDG le dimanche 03 novembre à 12h45, et nous sommes arrivés à Hangzhou Airport Xiaoshan à 09:40 lundi 04-11 après une escale de 2 heures à Pékin dans la nuit. Une heure encore et nous sommes en ville. Le temps de prendre possession de nos chambres, d’ouvrir nos valises, de prendre une douche, d’aller manger une soupe délicieuse, et il est l’heure d’aller sur le campus, à quelques minutes de là, à pied, à travers le magnifique campus de Xiangshan, dessiné par Wang Shu et Lu Wenyu.

Lundi 04 novembre 2019

14h-17h00 – Campus C.A.A de Xiangshan

Nous avons rendez-vous au bâtiment 9 de Art & Education de la C.A.A où tout le groupe français est accueilli par Haiyu Zhang, les étudiant.e.s, et les enseignants Li Yon, artiste-enseignant et responsable du cycle bachelor et master en Arts & Education, et son collègue M. Zhang. Plaisir partagé de se revoir !

 

o Campus C.A.A de Xiangshan, Hangzhou
o Campus C.A.A de Xiangshan, Hangzhou

Nos partenaires et amis chinois nous ont préparé une table accueillante avec boissons et fruits frais. Nous avons quant à nous apporté du chocolat et des confiseries de France. Après des présentations informelles, nous faisons un rappel du précédent workshop, du programme général et de ses enjeux.
Les deux équipes partenaires soulignent leur intérêt mutuel à partager leurs disciplines et leurs pratiques en médiation artistique et culturelle, elles mettent en lumière la nouvelle étape que constituera ce workshop.
Haiyu Zhang distribue le plan général de nos activités pour la semaine, préparé dans les deux langues, en amont du workshop par les trois équipes CAA-E-Art-Inspé. Li Yon présente le programme à partir du document que nous avons mis au point ensemble. Nous revenons sur les origines, formes et conceptions de la médiation telle qu’elle est entendue en Chine et en France, et poursuivons par des échanges et questions. Un rendez-vous est donné le lendemain matin à tous les participants, dans la salle de travail.

Mardi 05 novembre 2019
9h00-12h00 – Campus Xiangshan – bat. 9 – Art & Education

Autour d’une table ronde (tout le groupe) :
Nous retrouvons le groupe au complet pour la présentation d’exemples de médiations à travers des vidéos que nous avons sélectionnées : Le déjeuner sur l’herbe de E. Manet (série Arte A-musée-vous...), la vidéo de présentation de l’exposition L’art et la matière (Musée des Beaux-Arts de Lyon, 2019), le film de Nils Paubel Les JOP 2013 au Musée du Louvre.

A partir du premier support, nous analysons un type de médiation pour une œuvre historique majeure de la modernité. Le mode ludique adopté n’y est pas gratuit mais fait résonner la modernité, voire l’actualité que cette œuvre a conservée puisqu’il y est question de la représentation en peinture, des rapports hommes femmes, des critères et canons de la beauté, et du point de vue critique des femmes sur ceux-ci.

Dans le second document, c’est une expérience sensorielle proposée au public du Musée des Beaux-Arts de Lyon qui nous est montrée : la découverte à l’aveugle, par le toucher, d’une exposition de (reproductions de) sculptures. Le groupe saisi et discute de l’intérêt de cette expérience rare, vécue au musée par les visiteurs.

Dans le film de des JOP Louvre de Nils Paubel, nous explicitons et questionnons l’intérêt du recours à des objets de design pensés et utilisés comme « médiateurs » d’une œuvre en particulier.

A partir de ces exemples, à l’aide d’une série de schémas graphiques – dont nous avons déjà pu expérimenter qu’ils permettaient une meilleure saisie interculturelle – nous cherchons à montrer pourquoi et comment la médiation artistique et culturelle a cherché à innover, en France (et ailleurs, au Canada particulièrement), en s’affranchissant du seul rapport aux savoirs tel qu’on le trouve dans la visite du guide conférencier et en choisissant de créer des objets ou dispositifs médiateurs.

o salle de travail du workshop, campus C.A.A de Xiangshan, Hangzhou

Nous mettons en regard l’approche savante de la visite-conférence, généralement peu interactive avec celle de la médiation contemporaine, qui depuis les années 2000 dans tous les musées, cherche à offrir à tous publics (jeunes, enfants, empêchés) un accès aux œuvres à partir d’une expérience sensorielle partageable. C’est là, pensons-nous, la condition première d’un échange interactif, qui donne à la médiation sa forme d’invitation, et qui met le public sur la voie de l’expérience esthétique.

13h30-18h00 – Musée du Zhejiang puis musée de la China Academy of Arts

Après le repas, nous nous rendons au Musée d’art moderne du Zhejiang, situé au bord du Lac de l’Ouest, à 40 minutes de Xiangshan en voiture. Nous avons rendez-vous, tout d’abord à la réserve, qui contient les œuvres de l’exposition Wu Guangzhong qui vient juste de se terminer. C’est à ce moment que Li Wen évoque la figure de Zao Wu Ki, peintre chinois majeur, exposé au Musée d’Art Moderne de Paris pour « L’espace est silence » du 1 juin 2018 au 6 janvier 2019 et avec lequel le Musée du Zhejiang a collaboré à cette occasion.
Nous avions un moment envisagé la possibilité de travailler sur l’exposition Wu Guangzhong, mais y avons renoncé, à la fois pour raisons de calendrier, mais également parce que nous souhaitions privilégier pour ce second volet de workshop, une médiation d’œuvres contemporaines.
Toutefois, pour répondre à notre intérêt pour ce peintre, la responsable des publics, Li Wen nous a généreusement ouvert la salle de contrôle des œuvres à l’entrée de la réserve, et nous y fait déposer 5 œuvres qu’elle nous a fait choisir la veille, au catalogue de l’exposition.
C’est une expérience magnifique que nous avons faite là, grâce à ces attentions. Chaque œuvre, sous blister, est déposée sur l’immense table, elle nous présente et commente chacune d’elles pour nous tous, conscients de la chance qu’elle nous offre. Un moment magique.

o Musée du Zhejiang, Hangzhou (checking room) avec Li Wen (directrice des publics, à droite) et Li Yon (à sa droite).

C’est ensuite au rez-de-chaussée, vers l’exposition en cours « Soul Warm », de l’artiste contemporain Zhu Xi que nous nous dirigeons. Une autre surprise nous y attend : la présence de l’artiste ! Après les présentations officielles dans le grand hall du Musée, Zhu Xi nous conduit dans la visite guidée de son exposition, commentant chacune des œuvres qui la composent, répondant aux questions des étudiant.e.s.

o Musée du Zhejiang, Hangzhou, entrée de l’exposition « Soul warm » de Zhu Xi

C’est une chance rare que de pouvoir travailler une médiation à partir d’une présentation et des échanges avec l’artiste ! Les esprits sont en appétit, ouverts, les appareils photos et les smartphones captent images et vidéos, nous prenons des notes, faisons des croquis, pour préparer nos étudiants à imaginer leur médiation pour chacune des œuvres qu’ils auront sélectionnée en 5 groupes de 5 étudiant.e.s.

o C.A.A, Hangzhou, avec les étudiants préparant la médiation de l’œuvre « Pi » ou « π » de Zhu Xi

Après cette après-midi déjà bien dense, nous nous rendons au musée de la China Academy of Arts de Hangzhou, situé à l’entrée du site C.A.A de Nanshan tout proche. Nous y visitons l’exposition sur deux étages, des croquis, dessins et peintures sélectionnés d’anciens étudiants diplômés de la CAA qui y sont devenus enseignants, depuis 1929 à ce jour car le musée fête le 90ème anniversaire de la création du premier college of Arts sur le campus de C.A.A.

o Musée de C.A.A, Hangzhou, site de Nanshan

Mercredi 06 novembre 2019 – Campus Xiangshan
9h00-12h00

Autour d’une table ronde (tout le groupe) :
Nous nous retrouvons dans notre salle de travail. Les groupes sont maintenant constitués, les étudiant.e.s savent aussi de quelle œuvre ils prépareront la médiation. Nous poursuivons la matinée entre nos schémas commentés, et des exemples de médiations afin de permettre de relier les uns aux autres.
Celui ci-après, par exemple, montre différentes approches de médiation possibles, qui ne sont pas exclusives car si l’on commence souvent par proposer au public de faire une expérience, à partir d’un objet ou dispositif ( approches pratiques, passant par la vue, l’ouïe, le toucher, ou un atelier) pensé pour une œuvre, on poursuit généralement par des échanges avec le public (approches discursives).

o carte des types de dispositifs en médiation artistique et culturelle – master CPECP 2018

Nous poursuivons avec la présentation d’un autre type de médiation, avec le film de Nils Paubel, Les mots des autres (workshop de J. Paubel, L. Dall’Armellina,
I. Delatouche) avec les étudiant.e.s du master de médiation artistique et culturelle CPECP. Nous montrons ici un exemple d’atelier de pratiques artistiques accompagnées par un artiste (atelier de création). L’une des formes parmi les plus impliquantes de création en médiation. Comment en effet mieux faire sentir qu’en étant soi-même impliqué dans un processus de création artistique ?

13h30-18h00

L’après-midi nous travaillons avec les 5 groupes constitués, nous passons de l’un à l’autre, écoutant les pistes de travail formulées, posant des questions, suggérant des approches propres à élaborer des pistes de médiations selon l’œuvre choisie (petites formes ou ébauches).

Ce moment est aussi l’occasion d’effectuer des recherches, de vérifier des informations, de les partager et d’affiner la/les propositions qui émergent. C’est un temps d’échanges, de questions et d’ajustements dans le même mouvement.

Jeudi 07 novembre 2019 – Campus Xiangshan
9h-12h30

Nous reprenons les présentations de dispositifs de médiation, avec une forme très dense, à la fois visuelle, didactique, sensible et historique, celle des « Palettes », série télévisée de Alain Jaubert, précurseur de la médiation des arts, diffusée aux heures de grande audience : « Le nu descendant l’escalier » de Marcel Duchamp (Palettes).

o situation des objets de design et des œuvres d’arts en regard de leurs régimes de production et de leurs usages (design) ou destinations (art). Schéma L.D.A

Nous poursuivons et clôturons notre cycle et parcours en schémas graphiques, en montrant comment et pourquoi le recours à des objets de design n’est pas la création d’une œuvre d’art devant l’œuvre dont nous faisons la médiation, mais bien comment les objets de design, par l’expérience qu’il offrent au visiteur, lui permettent d’accéder à l’œuvre, par un jeu d’invitation et d’appropriation (visuelle, kinesthésique, auditive, etc).

14h-18h00

L’après-midi se poursuit en atelier, en autonomie. C’est le moment où chaque groupe prépare et fabrique ses objets de médiations, envisage leur fonction, leur taille ou format, leur médias, leur durée, les éléments de discours qui seront tenus devant l’œuvre. Ce moment est celui de la fourmilière : tout le monde s’active, ici en édition grand format, là en sculpture en polystyrène, ailleurs en enregistrements sonores, et chaque groupe s’organise en fonction des tâches à effectuer. Tel groupe est en recherche d’un casque audio bluetooth, tel autre compose une bande son pour sa médiation…

o au travail avec l’équipe de médiation de « Pi »

Les formateurs prennent en charge la rédaction, le design et l’édition du carton d’invitation qui sera distribué au public le lendemain, pour présenter et avertir du programme de médiation dans l’exposition Zhu Xi.

 

Vendredi 08 novembre 2019
9h00-13h00 – Campus Xiangshan

L’atelier en autonomie de la veille se poursuit, avec des phases régulières de tests permettant de vérifier que l’objet de médiation fonctionne. L’excitation monte mais l’ambiance reste chaleureuse. Chaque groupe avance à son rythme en fonction de l’objet à réaliser, de l’usage qui en sera proposé au public, et des choix techniques de réalisation.

14h00-17h00
Retour au Musée du Zhejiang, quartier de Nanshan

Nous nous retrouvons tous au musée du Zhejiang où, après une petite collation prise à la cafétéria, chacun des groupes prend place devant l’œuvre dont il fera la médiation. Il y a déjà sur place un public important. Les enseignant.e.s font le tour de chaque groupe pour donner ses derniers conseils rapides lors d’un filage durant lequel nous cherchons avec chacun.e à trouver les meilleures positions corporelles (où se tenir pour accueillir au mieux sans gêner la vue du public), la façon d’aborder le public (comment lui confier l’objet ou dispositif d’expérience préparé), et comment accueillir et susciter les questions, prolonger les échanges à partir de l’œuvre et avec le support du dispositif de médiation proposé.

A 15h45, le public se presse à l’entrée de l’exposition, le carton d’invitation a été envoyé sur le réseau WeChat la veille et distribué en version imprimée dès notre arrivée dans l’exposition pour signaler les médiations.
L’artiste Zhu Xi se prête au jeu de lancer la visite et se voit souvent sollicité comme premier spectateur à tester le dispositif de médiation sur ses œuvres. Mais d’autres personnes, à sa suite prennent le relais, des adultes, des enfants, des familles.

Les médiations

« Les livres délaissés »

o « Les livres délaissés » de Zhu Xi

Pour cette première médiation dans le parcours de l’exposition, les 5 étudiant.e.s présentent l’œuvre « Les livres délaissés » de Zhu Xi, une installation sous la forme d’un caisson vitré, contenant un renard semblant dormir sur des livres ouverts. Livres de sciences, de philosophie et d’arts, en différentes langues. Un système de ventilation fait vibrer les pages de l’un des livres, que l’on voit s’agiter mais que l’on entends pas.

o médiation de « Les livres délaissés » par 罗茜, 谢天娇, 徐雨姗, 雷心月, Lamiaâ Sajid-Soliman

Les étudiantes ont conçu une médiation qui consiste à proposer au visiteur de s’asseoir sur un fauteuil confortable situé à quelques pas de là, un peu à l’écart, de chausser un casque audio sur ses oreilles, de masquer sa vue comme on le fait à bord d’un avion, et d’écouter la lecture d’un extrait issu d’un ouvrage, où l’on entends également le froissement d’une page que l’on tourne.
Cette entrée en matière ou prolongation de l’expérience de l’œuvre (selon par où le visiteur a commencé) permet de donner au visiteur la posture corporelle et le calme nécessaire pour se mettre dans la situation du renard, symbolisant le lettré, le sage, l’érudit, nécessairement retiré du monde pour accéder à ces connaissances et les méditer. Pour le dire autrement, leur médiation fait ressentir le calme du lettré au visiteur, lui permettant ainsi, par l’expérience sensible de se rapprocher de l’œuvre présentée.

« Pi »

o médiation de « Pi » par ⻩温雯, 朱柔荑, 张震宇, 程蕴欣, Jen Connan

« Pi » est constituée de deux installations qui se font face et se répondent. L’une, à une vingtaine de centimètres du sol, spirale enroulant des cercles en tubes d’acier inoxydable, au milieu desquels deux socles supportent deux sculptures de bronze représentant chacune une tête humaine recouverte d’une sorte de bonnet, laissant penser que chacun.e pourrait-être aussi être un canard. Tous les deux se font face et leurs cerveaux explosent au même moment, dans ce qui ressemble à un suicide en face à face. L’autre installation est verticale, deux cosmonautes en tubes néon, flottant dans l’éther, sont – eux aussi – dans un duel de tirs laser.

La médiation proposée ici se concentre sur la partie au sol puisque l’équipe a proposé au public de faire le tour de l’installation, en marchant, avec un casque audio dans lequel deux voix distinctes psalmodient les chiffres composant « Pi » d’une part et lisent un court poème chinois – source d’inspiration pour l’artiste – d’autre part, dans lequel il est question de l’infini. On retrouve ici mise en scène la double polarité arts et sciences chère à l’artiste. Le public fait cette expérience en marchant, en chemin, faisant évoluer son point de vue sur l’œuvre, de manière continue, tout comme la paideia grecque forme le disciple dans un accompagnement par la marche… Même si la Grèce est bien loin de la Chine !

« Les limites de la croyance »

o médiation de « Les limites de la croyance » par 赖文婷, 董凯霖, 曾雨欣, 杨佳方, Marie Préau

Dans cet espace également, deux œuvres se font face, l’une accrochée à la cimaise, dessin grand format au stylo bille bleu sur fond blanc, sorte d’épure au trait d’une cathédrale, et sa reproduction sculpturale en format réduit posée sur un socle blanc, réalisée à base de fines tiges de métal assemblées, très proches les unes des autres et faisant face à celle affichée.
Le groupe propose au public de prolonger l’expérience de l’œuvre en établissant un rapport direct et expérimentable (alors qu’il n’est que suggéré dans l’œuvre) entre la sculpture en version réduite, et ses ombres projetées sur les murs de face et d’angle, en confiant au public une lampe torche à LED blancs.

o ombres et lumières de la médiation de 赖文婷, 董凯霖, 曾雨欣, 杨佳方, Marie Préau

La « petite » cathédrale devient alors le support d’autres cathédrales, lumineuses et éphémères, qui viennent s’ajouter au paysage de celle affichée en grand format. C’est pour le public – devenu maître des lumières un instant – une expérience très vivante.
On peut penser que la médiation change la nature de l’œuvre, voire que public s’en détourne pour se concentrer dans ce qui peut ressembler à une « animation », mais le recours à la lumière ne fait qu’activer un principe que l’œuvre contient déjà en puissance.
La médiation a ici la nature d’une activation interactive et momentanée de l’œuvre. Elle propose au public d’en jouer l’activation éphémère, car dès la lampe éteinte, l’œuvre revient à son stade initial. L’impermanence des jeux de lumières de la médiation rencontrent particulièrement bien cette idée des « limites de la croyance » : A-t-on vu quelque chose ? Qu’a-t-on vu exactement ? Une photographie, comme celle présentée plus haut pourra nous en rappeler le « ça a été », mais pas nécessairement l’expérience, qui restera fugace, fragile, tout comme l’œuvre qui met en scène ce sentiment.

« Jardin d’inspiration»

o « Jardin d’inspiration » de Zhu Xi

Cette pièce est la dernière du parcours de l’exposition du jeune artiste. C’est un grand format mural sur fond blanc à l’encre de chine, un work in progress qu’il décrit comme son paysage mental, fait de ses obsessions comme de ses craintes et espoirs.
On y trouve en effet dans un apparent Pêle-mêle, de très gros globes oculaires qui s’épient ou se regardent les uns les autres, disposés centralement autour d’un cercle. Tout autour, ça et là dans les jardins, des animaux, parfois transpercés de pointes noires, chevaux, chiens, oiseaux, papillons, des escaliers aux lignes de fuites évoquant les paysages de M.C Escher, des arbres, des places, des éléments architecturaux épars, des taches gluantes et noires, une planète rappelant l’étoile noire de Star Wars, des jardins suspendus improbables…

o médiation de « Jardin d’inspiration » par 池滢, 李佳静, 陈思瑞, 陆沈明月, Beier Wu.

Deux groupes ont choisi de réaliser leur médiation sur cette même œuvre.
Le premier groupe (ci-dessus) a réalisé une copie conforme et à l’échelle de l’œuvre de Zhu Xi, disposée à même le sol au droit de celle de l’artiste. Ils ont réalisé des yeux de petite taille, auto-collants, qu’ils proposent au public, leur demandant ce qui les a particulièrement attirés dans l’oeuvre au premier regard. Le public peut alors chercher, sur la reproduction déposée au sol, l’endroit voulu, et y poser « son » œil. Au fur et à mesure des visites et participations, la copie de médiation au sol se couvre des points de regard des visiteurs.

Les médiateurs et médiatrices demandent à chaque personne qui pose « son » œil au sol, pour quelle raison il le fait, ce qui entraîne un échange, un commentaire ou une explication, parfois un développement sur ce qu’il/elle a ressenti à la vue de cette œuvre.
Là encore, le public adhère largement, et peut-être plus particulièrement le jeune public, car il peut toucher, coller « son » œil, et s’approprier ce chemin qui va du premier regard sur l’œuvre à la désignation de l’endroit possible où placer son regard et le partager , car au musée on n’a pas le droit de toucher l’œuvre originale.

o médiation de « Jardin d’inspiration » par 王博文, 陈宇, 徐方以, 徐卓琪, Carole Birnal-Petit

Dans la seconde médiation du « Jardin d’inspiration », une fois que celui-ci a vu l’œuvre, le groupe propose au public un autre type d’expérience en lui confiant un œil de la taille de ceux que l’on voit dans l’œuvre, avec un tel point de ressemblance que l’on peut le penser littéralement « sorti » de l’œuvre.
A travers cet œil on peut regarder et faire une expérience hallucinatoire, celle que l’on fait avec un kaléidoscope, dont les images déstructurées s’inspirent de ce que l’on voit, en les recomposant dans un jeu de variations infinies.
Avec cette médiation, c’est moins le regard du spectateur qui est souligné et repéré, que sa capacité à éprouver lui aussi, et peut-être à se rapprocher de la vision qu’a pu éprouver et nous donner l’artiste avant, pendant et après la réalisation de son œuvre, en le mettant ici sur la voie de l’hallucination, des jeux de vision, des regards aux prismes déformants.

Retours sur les médiations

o retours, échanges sur les médiations avec les étudiant.e.s, l’artiste Zhu Xi (au centre), Haiyu Zhang, Li Yon, Françoise Ravez, Luc Dall’Armellina, Li Wen.

Une fois les médiations réalisées, après que chaque groupe a pu les proposer plusieurs fois, à différents publics, nous quittons l’exposition pour nous retrouver dans l’espace rencontres du musée, où nous prenons place, avec la directrice des publics du musée du Zhejiang Li Won, l’artiste Zhu Xi, nos collègues Li Yon et Haiyu Zhang, et les équipes des étudiant.e.s.
Nous revenons sur chacune des médiations, c’est l’occasion de proposer un point de vue à chaud, sur ce qui nous a semblé bien fonctionner, sur ce qui pourrait être amélioré et sur les limites ou les risques de tel ou tel dispositif proposé.

Le bilan est excellent, tant du point de vue de l’artiste qui a beaucoup apprécié les prolongements par l’expérience offerte au public par chacune des médiations, que du point de vue de la directrice des publics du musée, qui nous dit être désireuse de poursuivre ces recherches et pratiques Elle a en effet vu, à travers les médiations imaginées par les étudiant.e.s, une façon innovante d’accompagner les jeunes publics et leurs familles, à la découverte de l’art contemporain. Nous saluons le travail et l’engagement généreux des étudiant.e.s dans cette aventure collective interculturelle et inter linguistique. Voici de quoi relancer sur de nouvelles voies notre coopération avec la C.A.A et E-Art, et avec un nouveau partenaire : le musée d’art moderne du Zhejiang.

Samedi 09 novembre 2019

La journée est libre pour tous. C’est l’occasion pour nous de visiter la ville de Shanghaï. Départ le matin à 6h30 pour la gare TGV de Hangzhou, située à une heure de voiture de notre quartier, puis une heure de train pour rejoindre la cité cosmopolite qui vient de construire, en partenariat avec la France, dans le quartier du Bund, un magnifique «  Centre Pompidou Shanghaï » où est accueillie une grande exposition d’art moderne. Retour le soir à 22h à l’hôtel à Hangzhou.

Dimanche 10 novembre 2019

Durant cette journée à Hangzhou, nous préparons nos valises pour notre retour à Paris puis nous nous rendons sur le campus de C.A.A de Xiangshan tout proche, pour visiter ses deux musées magnifiques : celui du musée du Design (architecte Alvaro Sisa), abritant une très complète collection d’objets du Bauhaus ; et celui des Arts & Crafts Museum (architecte Kengo Kuma) présentant des objets d’artisanat d’art et de design, produits par de jeunes designers et artistes issus de l’école de la C.A.A.

o musée du Design C.A.A Hangzhou, hall d’entrée

 

o musée Arts & Crafts de C.A.A, Hangzhou, hall d’entrée

A 15 heures nous avons rendez-vous pour le thé avec Lan Ting, directrice du centre d’arts E-Arts et avec notre collègue et partenaire Li Yon, pour mettre au point leur prochaine venue à Paris, en juin 2020.
Ce dernier volet de nos workshops nous amènera à leur rendre la pareille : passer une belle, riche et dense semaine dédiée aux recherches et pratiques créatives de la médiation artistique et culturelle, dans un contexte d’échanges réciproques. Avec cette fois-ci, un grand musée partenaire français à Paris. A suivre !

Les partenaires

La China Academy of Art de Hangzhou, Zhejiang, Chine (ou C.A.A)

La C.A.A a été fondée en 1928 par Cai Yuanpei, c’est l’une des plus actives et renommées du pays, la seconde après Pékin, elle compte aujourd’hui près de 8000 étudiants en arts, répartis en 18 départements (contenant chacun des spécialités) sur 3 campus : Chinese Painting and Calligraphy, Sculpture and PublicArt, Intermedia Arts SIMA, Design, Arts & Crafts, Film and Animation, Architecture, Arts and Humanities, Art Administration and Education, International College, Shanghai Institute of Design, Chinesisch-Deutsche Künst akademie CDK, Continuing Education, Foundation Studies, The Affiliated High School, Department of Ideology Political Theory and Social Science, Department of Physical Education, Department of Lab Management
Le campus de Xiangshan où nous avons travaillé (de l’architecte chinois Wang Shu), et dont les différents bâtiments prennent place autour d’une vaste colline boisée, est doté de deux musées, l’un de Design (de l’architecte portugais Alvaro Siza) abritant une collection permanente d’objets majeurs du design, Arts Décoratifs et Bauhaus, l’autre, le Arts & Crafts Museum (de l’architecte japonais Kengo Kuma) abritant des expositions temporaires ainsi que des travaux sélectionnés de fins d’études d’étudiants de C.A.A dans différentes spécialités Arts & Crafts.
Le campus historique de Nanshan, situé en bordure du lac de l’Ouest et du centre de la ville ancienne.
Bientôt un autre campus sera ouvert, accueillant les arts numériques et l’éducation.
Le campus de Shanghaï, lui, est dédié à l’Institut du Design.

E-Art Hangzhou, Zhejiang, Chine

Fondée en 2013, E-Arts est une structure contenant deux branches, E-Art Campus et E-Art Espace. Lan Ting (direction), Haiyu Zhang (responsable pédagogique, traductrice).
E-Art Espace est une plateforme d’art sino-francaise qui a pour objectif de promouvoir des artistes des deux pays, de les faire se rencontrer par l’organisation d’expositions. Il sert de passage aux deux cultures : chinoise et française, il permet aux artistes des deux pays d’élargir leur champ de vision sur l’art et ainsi d’enrichir leurs expériences artistiques.
E-Art Campus offre une formation à la culture et aux pratiques artistique française pour des étudiants chinois en arts & design (environ 15 étudiant.e.s par an), celle-ci comprend une partie théorique avec un apprentissage de la langue française et des cours de culture artistique, de théorie de l’art, ainsi que des ateliers artistiques, donnés par des artistes-enseignants français enseignants en écoles d’arts et de de design en France et invités par E-Art pour des résidences de 2 mois. Le principal objectif de E-Art à l’issue de cette année de formation, est de permettre aux étudiants Chinois d’acquérir une méthode de travail rigoureuse et une vision artistique plus mature. E-Art a pour objectif de leur permettre d’intégrer la bonne école au bon niveau et atteindre une bonne autonomie en français, avec une spécialisation linguistique adaptée aux écoles d’art
E-Art assure également un support de traduction pour de nombreux workshops et conférences pour ses partenaires chinois et français, à Hangzhou et Shanghaï.

L’Inspé de l’académie de Versailles

L’Inspé de l’académie de Versailles, composante de l’université de Cergy-Pontoise est une structure partenariale qui rassemble les 5 universités de l’académie : Cergy-Pontoise, Évry – Val-d’Essonne, Paris Nanterre, Paris-Sud, Versailles – Saint-Quentin-en-Yvelines ainsi que l’INS HEA et le Rectorat de l’académie de Versailles.
Ses 39 formations de masters MEEF sont dispensées sur 9 sites universitaires répartis sur l’académie, pour près de 1.000 étudiant.e.s : Antony, Gennevilliers, Nanterre et Suresnes (92), Cergy (95), Évry et Orsay (91), Saint-Germain-en-Laye et Saint-Quentin-en-Yvelines (78).
Les masters MEEF forment des enseignants du premier degré (MEEF1), du second degré dans toutes les disciplines (MEEF2), les CPE ou conseillers principaux d’éducation (MEEF3) et les professionnels de l’ingénierie de la formation (MEEF4) dans les domaines de la Formation de formateurs, de l’Encadrement des organisations scolaires et éducatives et sociales, des Métiers de l’éducation et de la médiation artistique et culturelle (dans lequel prend place le Master CPECP Médiation Artistique et Culturelle), des Technologies numériques, des enseignants et formateurs pour les Publics à besoins particuliers.

Ce workshop a été créé et rendu possible grâce à et en interactions avec Li Yon et Huang Jun du départements Art & Education de la China Academy of Arts ; Lan Ting et Haiyu Zhang du centre d’arts E-Arts, Li Wen du Musée d’Art Contemporain du Zhejiang, Luc Dall’Armellina, Françoise Ravez, Isabelle Leroy et Maud Kerforn, du service commun d’Education Artistique et Culturelle & Relations Internationales de l’Inspé de l’académie de Versailles.

 

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