Ma mobilité d’enseignement à Brno, République Tchèque

Dans le cadre d’une mobilité enseignante à Brno, en République tchèque, du 19 au 22 novembre dernier, j’avais proposé de travailler sur mon objet de recherche, souvent enseigné et pratiqué au cours de la formation des enseignants : les ateliers-philo, dispositifs que préconisent les programmes d’enseignement moral et civique (EMC), ainsi que les pratiques de débats et controverses, articulés à la problématique de la laïcité, avec les spécificités qui sont celles de la « laïcité à la française ». Sensible à la manière dont l’approche de la citoyenneté est traitée dans d’autres systèmes de formation, je souhaitais comparer et mettre en perspective notre système avec d’autres types de laïcité, ailleurs en Europe ou dans le monde.

Centre-ville de Brno

Mais d’emblée, la collègue de l’université Masaryk, qui me recevait à Brno, m’avait prévenue : le système d’éducation de la République tchèque est laïque depuis bien longtemps, l’enseignement religieux était même interdit pendant la période communiste, la situation est très différente de celle de la France et cette problématique n’est pas vraiment à l’ordre de jour. En revanche, les étudiants/tes – futurs enseignants de FLE pouvaient être intéressé/e/s par l’histoire de l’enseignement français, où la problématique de la laïcité pouvait évidemment intervenir. Et il en était de même pour les débats-philo qui n’existaient pas sous le communisme (on apprenait par coeur les dogmes marxistes), donc si une présentation de la pensée philosophique pouvait susciter l’intérêt des étudiants, le risque était qu’ils n’aient pas les bases des connaissances philosophiques, puisque la tradition ne s’est pas rétablie depuis 1989. 

Il m’a donc été proposé de me centrer d’abord sur les thématiques de l’histoire de l’enseignement français et sur la formation en France, avec ses changements actuels, et d’aborder (avec des étudiants de master) certains dispositifs d’ateliers-philo, liés si possible à la littérature de jeunesse – ce que j’ai fait en proposant de travailler sur le « procès du petit Poucet », selon la démarche initiée par Thierry Bour : cette mise en scène d’un tribunal, où chacun participait et prenait les risques de la mise en mots, de l’argumentation, voire de la rhétorique et de l’éloquence, a été appréciée, d’autant qu’elle pouvait être aisément transposable en classe.

Université Masarykova

Mes interventions ont eu lieu en présence d’étudiants futurs enseignants (licence et master), mais aussi de collègues du département de FLE, « français langue étrangère », venus à la fois pour m’accueillir chaleureusement et pour discuter de l’évolution des formations dans nos pays respectifs. Ce partage et cette mise à distance grâce à l’altérité est une vraie richesse. J’ai également pu assister à un cours de littérature de jeunesse, où les étudiants avaient préparé, à partir d’albums, des séances à proposer dans des classes de différents niveaux : le sérieux de leur préparation, l’investissement important dans leur travail, et l’inventivité des situations proposées montraient à l’évidence leur motivation et leur intérêt, ainsi que leur excellent niveau de langue française. Et l’accueil bienveillant de leurs projets par leur formatrice, extrêmement appréciée de tous, de même que ses remarques critiques et constructives, manifestaient la confiance comme l’envie de progresser ensemble.

Les modalités du contrat Erasmus ont ainsi pu être respectées et mises en œuvre au bénéfice de tous : avec un voyage bien préparé grâce à l’accueil et la disponibilité des partenaires tchèques et à l’efficacité toujours remarquable d’Isabelle Leroy et de Maud Kerforne du service RI, avec l’accueil chaleureux des collègues qui me recevait à l’Université Masaryk de Brno, Marcela Poucova, ainsi que sa collègue Vaclava Bakesova, le programme de travail et d’échange a pu se dérouler dans le plaisir de l’échange, avec l’envie de poursuivre et amplifier la collaboration sur les mobilités étudiantes et enseignantes et sur des projets de recherche.

Car les mobilités Erasmus peuvent aussi permettre de vraies rencontres et de vraies découvertes.

Portail ancien de l’Hôtel de Ville de Brno

La découverte d’un lieu et d’une ville d’abord (dès mon arrivée une petite visite était organisée) : Brno est la deuxième ville tchèque, en concurrence avec Prague (à environ 200 km). Capitale de la Moravie du Sud, avec au centre sa place de la Liberté (Namesti Svobodi), c’est une importante ville universitaire et un centre culturel de grande qualité : l’université Masaryk y déploie ses nombreux départements disciplinaires ou facultés ; lieu de naissance de Janacek, Kundera, Loos ou Mendel, la musique et l’architecture (notamment l’architecture fonctionnaliste) y occupent une place décisive. L’accueil et l’hospitalité étaient parfaits. Une étudiante s’est proposée pour me faire visiter sa ville, avant de me conseiller de faire l’ascension jusqu’à la célèbre forteresse qui la domine, le château de Spilberk, dont les prisons ont été tristement célèbres (Stendhal l’évoque dans La Chartreuse de Parme). Et un concert à la Philharmonie de Brno était prévu le dernier soir de mon séjour, avec le trio de chanteuses ISHA, autour des musiques de John Cage, Cathy Berberian ou Kazuo Fukushima entre autres.

La découverte et la rencontre aussi de collègues formateurs et chercheurs.

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Martine Meskel-Cresta
Prag de Philosophie
Docteur en Sciences de l’éducation et Philosophie

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