Risorgimento : un projet coopératif de médiation à Villafranca di Verona

A l’origine de ce projet, il y a la belle et généreuse proposition que nous a faite Valentina Semeghini, étudiante M1 (2017-2018) au master CPECP. Elle a fait ses études secondaires en classe internationale au Liceo Scientifico Enrico Medi de Villafranca di Verona. Elle y a gardé de très bons contacts et notamment, avec deux de ses enseignants, Marino Rama, professeur d’histoire et de philosophie, et Giovanna Mazzetta, professeure de français.

Elle y connaît aussi très bien Carlo Saletti, Roberto Soliero, Stefano Adami de l’association CREA, opératrice de médiations artistiques et culturelles pour les musées de la région, qui travaille en petite équipe, fédérée autour d’approches informées et engagées autour du patrimoine et de l’histoire, par les arts (théâtre, musique) et la culture (histoire et anthropologie) avec pour approche centrale la ré-appropriation de l’histoire par les habitants des lieux-mêmes.

Elle a pensé que nous pourrions pendant une semaine (du 8 au 15 avril 2018), partager avec les étudiants de la quarta D (première) du Liceo Medi, l’association CREA, le monument qui héberge l’ossuaire de Custoza, les musées du Risorgimento à Villafranca et de la Croix Rouge à Solférino, une expérience de visites, de rencontres, de cours et un workshop en médiation culturelle.

Nous n’avons fait qu’accompagner et rendre possible ce beau projet qui a impliqué toute une semaine, les étudiants du master 1 (10 cette année), avec Françoise Ravez ma collègue enseignante en lettres, et moi en arts. Nous avons avec Valentina travaillé en amont l’emploi du temps de la semaine, en interaction avec la très dynamique équipe italienne.

L’aide apportée par le service des Relations Internationales a permis de régler ce qui aurait dû être le train de nuit Paris-Vérone, nourriture et visites, chaque étudiant du master étant reçu et hébergé dans les familles d’étudiant.t.e.s italien.n.e.s. Les étudiants ont organisé un repas italien avant le départ sur le site ESPE de Cergy-Hirsch. Franc succès ! Ils ont récolté de quoi améliorer l’ordinaire pendant le séjour.

La grève de la SNCF le jour du départ nous a amenés à prendre les bus de nuit affrétés jusqu’à Milan pour pallier la suppression des trains. Dix sept heures plus tard, nous étions à Vérone, les cervicales un peu tassées, mais la douceur de la Vénétie nous a peu à peu remis sur pied…

C’est un texte à plusieurs voix que nous avons composé pour rendre compte de notre expérience d’échanges et de médiation inter-culturels.

Dans le train Milan-Vérone. La Vénétie au petit matin.

 » Nous arrivons enfin à Villafranca. Le « Liceo scientifico Enrico Medi » nous ouvre gentiment ses portes. Nous déposons nos bagages avant de rencontrer pour la première fois les élèves italiens avec qui nous partagerons cette expérience.

C’est dans leur classe qu’ils ont tous organisé un « goûter d’accueil » accompagné des couleurs françaises. De petits drapeaux mais aussi des assiettes et des verres en plastique sont décorés de bleu, blanc, et rouge.

Entre hâte, immense fatigue, appréhension mais aussi excitation, nous commençons les premiers échanges entre étudiants/élèves/professeurs. Certains s’introduisent plus facilement que d’autres mais tout le monde y met du sien et profite de cet échange. C’est également à ce moment que nous, étudiants, découvrons nos hôtes.

L’accueil par nos hôtes italiens du Liceo Medi

Ce moment d’accueil est une expérience qui se vit sous plusieurs aspects à la fois. En tant que Français c’est le début d’une riche expérience culturelle. En tant qu’étudiants en médiation culturelle, c’est le début d’un partage enrichissant. En tant que simples êtres humains, c’est le début d’une expérience qui restera marquée dans nos mémoires jusqu’ à la fin de nos vies.

La bienveillance, mais aussi l’immense sens de l’accueil de nos amis italiens nous a permis dès les premiers instants de nous sentir à notre place dans ce voyage.

Ce premier moment est en réalité l’opportunité de s’intégrer et échanger. Je pense que dès notre arrivée nous avons compris que ce voyage serait synonyme d’ouverture d’esprit, à la fois sur le plan de la médiation (découvrir et penser médiation autrement), et sur le plan personnel (voir les choses en général sous une perspective différente). De même que l’origine de ce voyage, la médiation ne serait-elle pas une expérience humaine avant d’être une expérience culturelle ?  » Awa

Dans le cadre de nos travaux, nous avons chacun.e préparé une intervention d’une dizaine de minutes sur tel ou tel aspect ou moment du Risorgimento, soit sous l’angle de l’histoire, soit sous celui des arts (littérature, cinéma, musique…). Pas facile de s’approprier ce processus complexe. D’une part nous ne sommes pas historiens, d’autre part il court de 1815 à 1871 et revêt des dimensions de politique intérieure comme internationale, des dimensions militaires, économiques, esthétiques, artistiques, linguistiques, idéologiques… Nos amis italiens voulaient nous entendre sur ce sujet, depuis notre point de vue (de) français.e.s…

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 » Mon intervention a porté principalement sur la bataille de Solférino (San Martino et la plaine de Médole). Ma présentation était basée spécifiquement sur la suite logique des accords de Plombières entre les deux grandes puissances, la France (Napoléon III), et l’Italie (le futur roi d’Italie Victor-Emmanuel et son premier Ministre Cavour). En effectuant ces nombreuses recherches, je me suis rendu compte du fait que notre projet nécessitait vraiment une démarche humble pour valoriser ce patrimoine et cette riche histoire entre l’Italie et la France.

En retraçant ces péripéties, j’ai voulu mettre en avant leur historie, notre histoire. Pendant mon intervention j’ai proposé un jeu interactif via des questions/réponses liées à l’œuvre emblématique d’Ernest Meissonnier. Cet outil de médiation a permis également aux lycéens de découvrir une forme ludique et pédagogique qu’ils puissent s’approprier pour des projets futurs.

Ca a été pour moi un grand honneur de contribuer à une réflexion sur cette part de notre histoire commune et d’échanger avec les Italiens au travers de ce projet. Notre investissement et nos échanges pendant notre séjour ont marqué nos esprits et pour ma part, ce projet a donné du sens au contenu de ma formation au sein du master. Trois mots qui définiraient notre projet de médiation en Italie : « humilité », « écoute » et « coopération ». Hassan

 » L’Italie… Nous avons directement en tête cette idée de Dolce Vita : les paysages romantiques tels que de Vinci ou Poussin les ont peints, les motos qui se faufilent dans les petites rues de Rome, le bruit des couverts dans les restaurants pizzerias, les discussions mouvementés et énergiques des Italiens… Que savons-nous réellement de l’histoire de l’Italie ?

Le projet Risorgimento nous a permis de découvrir et explorer différents paysages qui retracent l’histoire de l’indépendance italienne. L’histoire ne s’écrit pas seulement à travers le patrimoine, mais aussi à travers les paysages. L’offre touristique de ce territoire s’appuie ça et là sur les nombreuses traces et empreintes, dessinées dans le panorama. L’histoire de la réunification italienne donne à chaque territoire, chaque ville, chaque village, un caractère unique et singulier. Les questions qui se sont posées à nous ont été nombreuses.

Comment créer une médiation autour de l’Histoire et des différentes guerres ? Que faut-il en raconter ? Que faut-il garder comme objet ? Comment réaliser la médiation de l’objet historique ? Comment le mettre en valeur ? Faut-il montrer, et si oui, tout montrer ? Quels rapports entretiennent art et guerre ? Lorsque nous sommes touristes et que nous nous rendons sur des lieux qui ont été le théâtre de guerres, que souhaitons-nous voir ? Quelque chose d’esthétique ? Un apport de connaissances historiques ? Une image réelle de la guerre ?

Carlo Saleti (CREA) nous explique ce que la guerre signifie avec cette arme autrichienne

Je pense que ce sont tous ces éléments que nous souhaitons voir et ainsi un dialogue s’instaure entre tourisme, art et histoire. Les porteurs de projets artistiques et culturels, tels que l’association CREA, ont pour but de lier ces dimensions artistiques, culturelles, historiques et touristiques. Et ce fut un pari réussi… » Eleonor

 

 » Visite au Musée international de la Croix Rouge, situé dans la commune de Castiglione delle Stivere, Vénétie. Henry Dunant crée la Croix-Rouge, sous le nom de « Société de secours aux blessés militaires », le 25 mai 1864.

Bataille de Solférino, juin 1859 : face aux nombreux corps mutilés et à la sélection abusive des soins selon le camp servi, Henry Dunant imagine ce qui allait devenir un jour La Croix-Rouge. Tout l’historique de la Croix-Rouge depuis sa fondation jusqu’à nos jours est retracé ici.

De l’intérieur du Musée International de la Croix-Rouge à Solférino

A l’étage du musée, des photographies exposant des « fragments de souffrances » font pour moi, écho aux questionnements suscités par une autre exposition : “Médiations” au musée du Jeu de Paume à Paris (visitée avec le master CPECP quelques semaines auparavant), rétrospective du travail photographique de Susan Meiselas. La photographe y questionne la pratique documentaire, la force de la photographie et ses formes d’instrumentalisation.

En s’appuyant sur sa réflexion, on peut se demander quelle est ici la démarche de cette série photographique si « photographier c’est prendre quelque chose » et s’il est primordial de « respecter l’individualité des personnes photographiées dont l’existence est toujours liée à un moment et à un lieu très précis ».

La sélection de photographies du Musée de la Croix-Rouge provoque la rencontre avec une souffrance venue d’ailleurs, et ressentie ici de façon intime, et violente. On peut questionner le statut de ces images par rapport au contexte dans lequel elles sont perçues. La photographie témoigne de l’histoire et propose un récit de l’expérience universelle, elle crée ici avec une certaine esthétique, une sensation de malaise. Pourquoi ? Pour sensibiliser ? Comment imaginer autrement l’espace d’interprétation, de sensibilisation, de communication ? Comment provoquer la rencontre sans invoquer la violence ? Quelle médiation proposer pour permettre une compréhension du monde et la construction d’un espace commun ?  » Myriam

 » Nous avons mis en place, durant toute une après-midi, un laboratoire de médiation insolite. Le but était de faire découvrir aux lycéens, de manière vivante et concrète, ce qu’est la médiation culturelle. Pour cela nous leur avons proposé un premier temps collectif de réflexion sur les deux visites de lieux que nous avions faites le matin et sur lesquelles nous avions choisi de nous appuyer, puis un deuxième temps plus « pratique », d’ateliers en groupe, guidés par chacun des étudiant.e.s du master.

La première phase visait à recueillir leurs impressions ou ressentis et plus largement ce qui les avait marqués lors des visites du musée du Risorgimento et de l’ossuaire de Custoza. La deuxième partie de l’atelier leur a permis d’expérimenter le concept de médiation en entamant une réflexion sur une approche possible à partir d’un élément retenu lors de la matinée de visites.

Ces deux temps nous ont permis à la fois de mettre en place concrètement un atelier que nous avions conçu mutuellement mais également de faire découvrir aux lycéens le terme de « médiation » par un atelier de pratique. Tout au long de l’atelier en groupe, nous avons circulé entre chacun pour accompagner les élèves dans leur réalisation. Il était alors intéressant de leur faire partager nos différentes approches et conceptions de la médiation, ce qui rendait d’autant plus riches les échanges autour de leurs propositions.

 

Cet atelier de médiation insolite a donné lieu à un temps de restitution en classe le vendredi matin. Chacun des groupes a pu présenter au reste de la classe l’aboutissement des réflexions sous des formes variées : débat télévisé, chant, saynettes, propositions numériques, etc. Nous avons été autant surpris que nous nous sommes réjouis de l’investissement des lycéens et de la richesse qui émanait de leurs propositions. Le laboratoire de médiation insolite fut une réussite autant du côté des élèves qui ont aimé ce travail concret, que des professeurs qui ont apprécié le travail sur l’histoire du Risorgimento et la langue française que l’atelier permettait, que du nôtre, par l’investissement et la motivation des lycéens dans le projet. » Julie

 » Samedi 14 avril 2018, date de notre dernière photo de groupe en compagnie des lycéens du Liceo Medi mais également date de notre dernier jour sous le soleil d’Italie.

Cette photo représente ce beau projet collectif auquel nous avons eu la chance de prendre part durant ces quelques jours et qui est un moment fort non pas seulement de notre master mais également sur le plan personnel.

Arrivederci ragazze e ragazzi

Nous nous sommes d’abord retrouvés autour de l’histoire commune entre nos deux pays, pour non seulement nous apporter un enrichissement historique et culturel, mais aussi et peut-être surtout, humain. Cette semaine passée ensemble a été ponctuée de visites et de découvertes et d’échanges entre nous, étudiants du master et lycéens de la classe 4D, qui nous ont accueillis si chaleureusement.

Nos deux pays sont certainement liés, mais nous le sommes nous aussi désormais. Nous avons pu, dans chacun de nos groupes, nous apporter quelque chose, de l’ordre de l’histoire, de la culture ou simplement nos regards croisés sur la vie quotidienne. En tant que futurs médiateurs culturels nous avons pu les initier à une vision différente d’une visite mais également, à notre point de vue sur l’unification italienne.

Ce workshop, bien qu’il ait été trop court, nous a également permis de découvrir d’autres manières et outils pour faire médiation, une culture et une histoire différente, un autre fonctionnement scolaire, et de nouvelles idées et une nouvelle vision de la médiation culturelle ont pu émerger, mais nous avons également découvert et réfléchi aux formes et enjeux de la médiation sous l’angle historico-culturel. » Pauline

 » Je crois que ce que j’ai le plus apprécié dans le projet c’est la dimension du partage. Pour le lycée surtout : c’était pour tous nos correspondants l’occasion de traiter différemment un sujet clé dans le programme de « quarta » (première). Pour le présenter nous pouvions profiter d’un inestimable patrimoine culturel et artistique sur le territoire, qui n’est de plus pas exploité.

De plus, la classe 4D participe par ailleurs à un projet « d’entreprise sociale simulée », dont le but est aussi de proposer des services à la mairie, parmi lesquels des visites guidées pour les écoles au Musée du Risorgimento de Villafranca, où le lycée se trouve. La classe 4D a pu ainsi profiter de notre aide pour avoir un aperçu de la médiation culturelle, pour comprendre comment exploiter différemment le patrimoine dont on dispose.

Surtout, j’ai vraiment ressenti qu’ils ont pris conscience du fait que la culture et les connaissances qu’on acquiert à l’école ne sont pas « séparés », et qu’ils peuvent trouver un terrain de croisement. Surtout, je sens que les élèves veulent prendre part active à la création de ce « pont », et c’est grâce à notre présence que cela a été possible, c’est une graine que l’on a posée et qui pourra produire des fruits. » Valentina

Le vendredi 13 avril, nous avions rendez-vous à l’Université de Vérone, au département « biens culturels » situé entre les domaines de l’histoire de l’art et de l’archéologie, pour évoquer ensemble nos activités de la semaine passée sur les lieux du Risorgimento bien sûr, mais aussi pour donner une présentation de notre master de médiation artistique et culturelle car cette spécialité n’existe pas à l’université en Italie.

L’Université de Vérone

En discutant avec Tiziana Franco et Gianpaolo Romagnani nous nous sommes rendus compte combien ce « modèle », ou ce positionnement leur paraissait intéressant pour donner vie à des actions visant à faire connaître les enjeux esthétiques et historiques de lieux patrimoniaux auprès d’un large public. Belle perspective de liens à resserrer et de projets à inventer avec le réseau d’acteurs inscrits dans les territoires.

C’est très heureux et bien sûr fatigués, que nous avons quitté cette douce région de Vénétie. Ces belles rencontres nous illumineront longtemps, de l’intérieur. Merci à tous nos hôtes, amis, partenaires, à votre tour, vous êtes les bienvenus chez nous.

Luc Dall’Armellina et Françoise Ravez

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