Ecouter et reconnaître…

Ink Painting – Gao Xingjian

« La langue, qui est née en même temps que la civilisation humaine, est si prodigieuse, sa force d’expression est loin d’être épuisée, le travail de l’écrivain consiste à en en découvrir et à en développer les potentialités cachées. L’écrivain n’est pas un démiurge, il ne peut pas détruire ce monde, même s’il est ancien. Il ne peut pas non plus construire un monde idéal, même si le monde actuel est tellement étrange et impossible à comprendre, mais il peut plus ou moins se livrer à une expression nouvelle : là où les anciens ont déjà dit, il y a encore à dire, il peut aussi commencer à s’exprimer là où les anciens se sont arrêtés. »

Gao Xingjian, La raison d’être de la littérature – Discours de réception du prix Nobel de littérature 2000, traduit par Noël et Liliane Dutrait, L’aube Poche, p. 31

« Le langage n’est pas seulement le vecteur de concepts et de points de vue, il touche en même temps la sensation et l’intuition, c’est la raison pour laquelle les codes et l’informatique ne pourront jamais remplacer le langage des êtres vivants. Au delà de l’émission de mots, la volonté et la motivation de celui qui parle, ses intonations et son état d’esprit ne pourront pas être exprimés seulement à l’aide de la sémantique et de la rhétorique. Le sens du langage littéraire ne peut s’exprimer vraiment que si un homme vivant le prononce avec sa voix, car il se servira aussi de son ouïe, il n’en fera pas un simple outil de réflexion qui fonctionne de manière autonome. Si l’homme a besoin du langage, ce n’est pas seulement pour communiquer du sens, c’est en même temps pour écouter et reconnaître sa propre existence. » ibid, p. 29

Gao Xingjian est un écrivain et peintre chinois contemporain majeur. Il est entré vis à vis de la littérature dans un rapport animal vital comme le dirait Gilles Deleuze, en enterrant ou brûlant ses écrits pour les dissimuler lorsqu’il était captif durant la révolution culturelle chinoise entre 1975 et 1979. Confronté depuis à la censure, il a quitté la Chine et vit en France depuis 1980. Il a reçu en 2000 le prix Nobel de littérature pour une œuvre de portée universelle, dont les fragments ci-dessus sont sont extraits.

Gao Xingjian a publié une œuvre riche et foisonnante dont (aux éditions de l’Aube) : le Livre d’un homme seul (2000), Une canne à pêche pour mon grand-père (1997), Au plus près du réel (entretiens avec Denis Bourgeois, 1997) et la Montagne de l’âme (1995). Les pièces de théâtre sont éditées en Belgique chez Lansman : la Fuite, Au bord de la vie, le Somnambule, Quatre quatuors pour un week-end. Gao Xingjian peintre a exposé au salon Arts Paris en octobre 2000.

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