A distance

Pour trois soirées (de midi à 16h en France), nous avons fait une connexion à la plateforme Scopia du réseau Renater pour participer avec mes collègues et nos étudiants du master CPECP à leur jury de master (1 et 2). C’est le seul canal habilité par le ministère de l’éducation et de la recherche pour que les jurys à distance soient valides.

Mon MacBook Pro plantait toutes les heures pendant les deux premiers soirs. Comme j’avais fait une chute dans l’escalier chez moi il y a quelques semaines, Mac à la main, et qu’il a chu comme moi, je craignais un problème de disque dur… Ou encore un problème de barrettes mémoires, changées pour de plus importantes juste avant mon départ, mais non. C’est Ical, le calendrier d’Apple qui provoquait des blocages à chaque mise à jour automatique du calendrier, toutes les heures… Calé sur l’heure de Paris, il acceptait bien le changement de fuseau horaire Chinois (+6h) mais pas ma géolocalisation à Taïwan, Genève ou San Francisco lorsque je mettais en route le VPN (Réseau Virtuel Privé). Ce logiciel permet aux informations entrantes et sortantes de l’ordinateur de franchir la barrière numérique Chinoise à travers un « tunnel sécurisé ». Très pénible ces blocages, mais quand on y pense, l’ensemble de ces contraintes est assez complexe… Une recherche sur Internet avec « mac qui plante au bout d’une heure » m’a vite amené sur des forums qui pointaient la mise à  jour Ical comme source possible de ce problème. Bingo !

Bref, je ne sais pas si tout ça vous parle ou vous ennuie, mais je trouve que c’est très signifiant sur la mondialisation : tout comme l’environnement nous rappelle qu’on est avant tout sur la même planète, nos échanges humains et leurs supports techniques le font aussi ! Mon ordinateur et moi avons retrouvé le bon accord, je ne le lui dit pas, bien qu’il sache tout ce que je fais. Mais je sais, moi, qu’il ne faut pas faire d’anthropomorphisme avec les ordinateurs : ils ont horreur de ça !

Drôle de se « retrouver » dans des salles avec un collègue et un-e étudiant-e que je connais, ils me l’ont dit eux aussi à  chaque fois : « Vous êtes où, je veux dire je regarde où ? Oh c’est étrange ». Etrange en effet, le jeu de captation des caméras, des retours écrans, le chat noir de la résidence qui s’invite à mes côtés et miaule, l’image qui de temps à autre se pixelise et compose une image presque impressionniste, sans altérer le son de façon à ne pas nuire aux échanges. Un jury en 3 soirées, 16 soutenances, très vivant, riche d’échanges, de questions, et la sensation en me déconnectant, que j’avais « vraiment » passé chaque soir quelques heures à Cergy, dans la salle « orange » avec nos étudiants et mes collègues.

A quoi mesure-t-on la distance ? Plutôt à des références à  un réseau de coordonnées, longitude, latitude, à la façon des GPS référés à un espace euclidien, tout cela vaut pour nos corps matériels en déplacement. Mais nos corps abritent aussi nos pensées faites de raison et de sensibilité, celles-ci se déplacent volontiers, comme pensées et comme langages, dans un autre type d’espace que Michel Serres appelle topologique, dans lequel la distance est à redéfinir. Un autre lieu, de langage, mots, sons, images, dans lequel « …parler est un drame. Et les mots sont des personnages –– et à la fin de l’acte entier de la phrase, quelque chose se dénoue, se délie — ou s’est au contraire étouffé, fermé et étranglé. » Valère Novarina, La Quatrième Personne du singulier, P.O.L. 2012.

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